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Icar COlloque DOCtorants/DOCTeurs

ICODOC 2019 

Émotion, empathie, affectivité.
Les sujets et leur subjectivité à travers les pratiques langagières et éducatives

 

7 - 9 octobre 2019, Lyon (France)

Conférencier.ère.s invité.e.s

 

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Jean-Marc DEWAELE 
Professor in Applied Linguistics and Multilingualism, Department of Applied Linguistics and Communication, Birkbeck, University of London

Axes de recherche : multilingualism, multiculturalism, and psycholinguistic, sociolinguistic, pragmatic and psychological aspects of second/foreign language acquisition and production. Sociolinguistic and sociopragmatic competence and on the communication of emotions in a variety of languages and contexts. 

La valse des émotions d’apprenants et de leurs professeurs de langues étrangères

Une nouvelle approche holistique considère le rôle des émotions positives et négatives d’apprenants de langue étrangères dans leur apprentissage (Dewaele & MacIntyre, 2014). Ces émotions qui fluctuent dans le temps représentent le moteur qui maintient la motivation et l’engagement des apprenants (Dewaele et al., 2018; MacIntyre et al., à paraître). Les émotions du professeur jouent aussi un rôle central dans le climat de la salle de classe (Gkonou et al., à paraître). Le professeur doit gérer ses propres émotions et reconnaître celles de ses apprenants, ce qui peut représenter un travail émotionnel épuisant.  Le bon professeur joue le rôle de chef d’orchestre, discret et compétent, capable d’encourager les apprenants à entreprendre une expérimentation linguistique et identitaire dans une ambiance positive (Berdal-Masuy, 2018; de Dios Martínez Agudo, 2018).

Références

Berdal-Masuy, F. (2018) (Ed.) Émotissage. Les émotions dans l'apprentissage des langues. Louvain-la-Neuve: Presses universitaires de Louvain.
de Dios Martínez Agudo, J. (Ed.) (2018) Emotions in Second Language Teaching. Berlin: Springer.
Dewaele, J.-M. & MacIntyre, P. D. (2014) The two faces of Janus? Anxiety and Enjoyment in the Foreign Language Classroom. Studies in Second Language Learning and Teaching, 4 (2), 237-274.
Dewaele, J.-M., Witney, J., Saito, K. & Dewaele, L. (2018) Foreign language enjoyment and anxiety in the FL classroom: The effect of teacher and learner variables. Language Teaching Research 22(6), 676–697.
Gkonou, C., Dewaele, J.-M & King, J. (à paraître) Language Teaching: An Emotional Rollercoaster. Bristol: Multilingual Matters. 
MacIntyre, P.D., Dewaele, J.-M., Macmillan, N.  & C. Li (à paraître) The emotional underpinnings of Gardner’s Attitudes and Motivation Test Battery. In P. D. MacIntyre & A. Al-Hoorie (Eds), Contemporary language motivation theory: 60 years since Gardner and Lambert (1959). Bristol: Multilingual Matters.



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Maria Giulia DONDERO
Maître de recherches du Fonds National belge de la Recherche Scientifique. Maître de conférences à l'université de Liège.

Axes de recherche : Sémiotique générale, sémiotique et rhétorique visuelle, communication visuelle, sémiotique de la photographie, sémiotique de l’art, iconographie religieuse et images du sacré, genres visuels, statuts des images (artistique, scientifique, religieux), rôle de l’image dans le discours scientifique,pensée diagrammatique, vulgarisation scientifique, visualisation de données, Visual Big Data.

Les forces dans l'images et les gestualités émotionnelles

Notre intervention vise à interroger l’utilisation de la théorie de l’énonciation dans l’étude des images afin d’éclairer le rôle de la subjectivité au sein du langage visuel ainsi que dans le cadre des gestes analytiques des corpora visuels.
Au niveau de l’énonciation énoncée, il s’agira de prendre en considération la manière dont la subjectivité se manifeste en peinture et en photographie, moyennant une réflexion sur les différents types de cadrage et sur le rapport entre support, apport et geste d’inscription mis en jeu par les deux média. On parviendra ainsi à la description de l’insertion (inter)subjective du producteur et de l’observateur de l’image tenant compte des spécificités médiatiques des formes (praxis énonciative).
Au niveau des pratiques énonciatives, nous souhaitons étudier les gestualités analytiques impliquées dans l’analyse qualitative (dite aussi « manuelle » ou « approchée ») et dans l’analyse quantitative (dite aussi « computationnelle » ou « distante »). Quel rapport le chercheur tisse-t-il avec une série restreinte d’images, qu’il a lui-même sélectionnée comme élective et exemplaire d’un éthos, d’une stratégie esthétique, d’une problématique sociétale ? Quel rapport tisse-t-il en revanche avec une large collection d’images archivée dans des bases de données ou dans des réseaux sociaux tels qu’Instagram ? Nous essayerons d’éclaircir la différence entre analyse rapprochée et analyse distante afin de déterminer et décrire les types de manipulation d’images lorsqu’à l’œil et à la main s’ajoutent des intermédiaires variés tels que les logiciels et différentes sortes d’écrans.
Un tel questionnement sur l’ajout des supports et des corps intermédiaires entre le chercheur et son objet de recherche tente de participer à une réflexion sur les tensions entre proximité médiatique et proximité affective.



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Magali OLLAGNIER-BELDAME
Docteure en sciences cognitives, Chargée de recherche – CNRS, Laboratoire ICAR

Axes de recherche : expérience subjective vécue, subjectivité et intersubjectivité en actes, première rencontre, cognition et agentivité distribuées entre sujet(s) et objet(s), appropriation des artefacts, traces numériques et réflexivité.

Ressentir le monde : Subjectivité en actes et expérience vécue

Mes travaux s’appuient sur le constat que les sciencescognitives ne peuvent plus laisser la subjectivité et l’expérience vécue de côté (Petitmengin, Bitbol & Ollagnier-Beldame, 2015), dans la lignée de (Varela, Thompson & Rosch, 1993), pour lesquels « Our concern is to open a space of possibilities in which the circulation between cognitive science and human experience can be fully appreciated and to foster the transformative possibilities of human experience in a scientific culture ».

L'expérience sensible et immédiate, que Gendlin (1962/1997) nomme« experiencing » est définie par (Depraz, Varela & Vermersch, 2003 : 2) comme « la connaissance familière que nous avons de notre esprit et de notre action, à savoir, le témoignage vécu et de première main dont nous disposons à son propos (...) C’est ce dont un sujet singulier fait l’épreuve à un instant donné et en un lieu précis : ce à quoi il accède ‘en première personne’ ».

L’objectif d’une science de l’expérience vécue est d’examiner les singularités (les évènements, les personnes) autant que l’unité sous jacente qui les relie. Il s’agit de développer une approche qui place la subjectivité, et le vivant, au cœur d’un processus émergent (Gendlin, op. cit.), en convergence avec une certaine épistémologie actuelle de la complexité (Morin, 1990a, 1990b ; Bertin et al., 2011), prenant en compte des processus apparemment contradictoires comme appartenant à un seul processus, en valorisant davantage l’intrication et l’interrelation que l’opposition.

Mais comment le sujet vivant peut il être pensé et examiné par la science ? Comment accéder à l’expérience vécue? Et en quoi est ce une question fondamentale pour les sciences cognitives, et plus largement pour les sciences humaines? Au niveaux épistémologique et méthodologique, qu’est ce qui « fait autorité » dans une épistémologie qualifiée d’« épistémologie en première personne » (Braud & Anderson, 1998 ; Varela & Shear, 1999 ; Wertzet al., 2001 ; Petitmengin, 2006 ; Depraz, 2014. ; Vermersch, 2012) ? Quelle est la validité des données expérientielles (Nisbett & Wilson, 1977 ; Petitmengin et al., 2013; Petitmengin, Bitbol & Ollagnier-Beldame, op. cit.) ?

Notre intervention à ICODOC 2019 présentera des amorces de réponses à ces questions et espère en soulever d’autres auprès des auditrices et auditeurs ! 

Références

Bertin, É., Gandrillon, O., Beslon, G., Grauwin, S., Jensen, P. & Schabanel, N. (2011). Les complexités : point de vue d'un institut des systèmes complexes. Hermès, La Revue, 60 (2) : 145-150.
Braud, W., & Anderson, R. (1998). Transpersonal research methods for the social sciences: Honoring human experience. Thousand Oaks, CA: Sage.
Depraz, N. (éd.). (2014). Première, deuxième, troisième personne. Zeta Books.
Depraz N., Varela F. & Vermersch P. (2003) On becoming aware. John Benjamin, Amsterdam.
Gendlin, E. (1962/1997). Experiencing and the creation of meaning. Northwestern University Press.
Morin, E. (1990a).Science avec conscience. Fayard, Nouvelle édition remaniée, collection Points.
Morin, E. (1990b).Introduction à la pensée complexe, Le Seuil.
Nisbett, R.E. & Wilson, T.D. (1977) Telling more than we can know: Verbal reports on mental processes. Psychological Review 84 (3): 231–259.
Petitmengin, C. (2006). Describing one's Subjective Experience in the Second Person. An Interview Method for the Science of Consciousness,Phenomenology and the Cognitive Sciences, 5 :229-269.
Petitmengin, C., Bitbol, M., Ollagnier-Beldame, M. (2015). Vers une science de l'expérience vécue. Intellectica64:53-76
Petitmengin, C., Remillieux, A., Cahour, B. & Carter-Thomas, S. (2013) A gap in Nisbett and Wilson’s findings? A first-person access to our cognitive processes. Consciousness and Cognition 22 (2): 654–669.
Varela F., Thompson E. & Rosch E. (1993) The embodied mind: Cognitive science and human experience. MIT Press, Cambridge. Originally published in 1991.
Varela, F. & Shear, J. (1999). First-Person Methodologies: What, Why, How? Journal Consciousness Studies. Journal of Consciousness Studies 6(2-3): 1-14.
Vermersch, P. (2012) Explicitation et phénoménologie. Presses Universitaires de France, Paris.
Wertz, F. J., Charmaz, K., McMullen, L. M., Josselson, R., Anderson, R., & McSpadden, E. (2011). Five ways of doing qualitative analysis: Phenomenological psychology, grounded theory, discourse analysis, narrative research, and intuitive inquiry. New York: Guilford Press.

 



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Christian PLANTIN
Professeur émérite à l'Université Lumière Lyon 2, Ancien Directeur de recherche au CNRS, Laboratoire ICAR.

Axes de recherche : argumentation, linguistique de corpus, émotions, pragmatique, interactions.

Langage et discours de l'émotion

Cette communication présente une approche globale de l'émotion comme modalité de l'interaction, et focalise sur des questions de définition.

1. Définitions

(i) Du point de vue des termes-concepts couvrant intuitivement le champ de l'émotion, on peut faire une distinction entre des termes “d'avant-plan”: sensation (feeling), affect, émotion, sentiment(a) VS termes “arrière-plan”: sentiment(b), humeur, (mood), disposition, caractère. La vision de l'émotion comme flux repose sur ce genre d'opposition.

(ii) Au delà des listes de “termes d'émotion” désignant directement des émotions, les données lexicographiques montrent que des milliers de termes sont impactés par les mots “émotion”, sentiment, ainsi que par les termes désignant des émotions de base. Ces termes impactés fonctionnent en conséquences comme les bases d'inférences émotionnelles inscrites dans le lexique d'une langue.

2. Expression et expressivité

Les émotions structurent des modes spécifiques de communication et d'action. L'expression-communication de l'émotion exploite un double système de signifiants, d'une part le système langagier désignant ou inférant une émotion, et d'autre part la coordination des systèmes sémiotiques vocaux, mimiques, posturaux et gestuels. Les principes d'étude des phénomènes VMPG sont bien distincts selon qu'on a affaire (1) à des genres où l'expression corporelle de l'émotion est fortement codifiée (bandes dessinées, théâtre, cinéma), ou  (2) à des interactions, où l'analyste doit gérer son empathie et ses mécanismes de projection sur les données (Rorschach).

3. Émotion et situation

L'émotion peut être vue comme une condition biologique individuelle produite en réponse à un stimulus (Ekman). Se pose alors question empirique de l'universalité des “émotions de base”.
L'émotion est liée à un formatage cognitif-langagier de la situation, ce qui rend compte des divergences émotionnelles et des discussions où s'opposent les bonnes raisons de ressentir telle émotion plutôt que telle autre. La confrontation émotionnelle est une confrontation cognitive.

4. L'émotion comme condition interactionnelle et sociale

La notion de règle d'affichage social des émotions, display rules, est proposée par Eckman pour rendre compte de la diversité constatée des modes d'expression des émotions dites “de base”.
D'un point de vue sociologique, Hochschild (1979) définit le concept de travail émotionnel, emotion work, et des règles de ressenti, feeling rules.
D'une façon générale, l'émotion peut être vue non pas comme une condition individuelle, mais comme une condition interactionnelle et sociale ; arguments: (1) étymologie ; (2) résonnance affective et empathie ; (3) certaines émotions de bases sont  directement relationnelles, les autres sont autant de conditions interactionnelles qu'individuelles.

5. Synthèse: Une méthode de reconstruction de l'émotion dans les textes et les interactions.

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